16 novembre 2009
La poésie
La folie, une certaine folie, s'avance très souvent bras dessus, bras dessous avec la poésie.
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Près de moi, tout ce qui existait et qui continue d'exister à jamais dans ma poésie: le bruit lointain de la mer, le cri des oiseaux sauvages, et l'amour qui brûle sans se consumer comme un buisson immortel.
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La poésie n'est pas une matière statique mais un courant fluide qui très souvent s'échappe des mains du propre créateur. Sa matière première est faite d'éléments à la fois réels et irréels,
de choses qui existent et n'existent pas.
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La poésie est toujours un acte de paix. Le poète naît de la paix comme le pain naît de la farine.
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L'utilité publique de la poésie est basée sur la force, la tendresse, la joie et la nature véritable.
Sans cette qualité, la poésie sonne mais ne chante pas.
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Ma poésie et ma vie ont couru comme un fleuve américain, comme un torrent du Chili, né dans la profondeur secrète des montagnes australes et dirigeant inlassablement vers une issue marine le mouvement de ses eaux. Ma poésie n'a rien rejeté de ce qu'a charrié son courant; elle a accepté la passion, elle a développé le mystère, elle s'est frayé un chemin dans les coeurs du peuple.
Mon destin a été de souffrir et de lutter, d'aimer et de chanter; le triomphe et la défaite ont été mon lot en ce monde, et j'ai connu le goût du pain et j'ai connu le goût du sang. Que peut désirer d'autre un poète? Toutes les alternatives, celles qui vont des larmes aux baisers, de la solitude à la chaleur populaire, durent et agissent dans ma poésie, car j'ai vécu pour elle et elle a nourri mes combats.
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Le vent du monde transporte les molécules de la poésie, légère comme le pollen ou dure comme le plomb, et ces graines tombent dans les sillons ou sur les têtes, donnent aux choses un air de printemps ou de bataille, et produisent aussi bien des fleurs que des projectiles.
Pablo Neruda
J'avoue que j'ai vécu
04 mai 2009
Les pays dressent des barrières, ils jouent à être ennemis, ils se perdent en guerres froides, et nous les hommes, nous restons isolés. Nous nous rapprochons du ciel dans des fusées rapides, mais nous ne rapprochons pas nos mains dans la fraternité humaine.
Pablo Neruda
J'avoue que j'ai vécu
30 août 2008
Si chaque jour...

Si chaque jour
tombe dans chaque nuit
il existe un puits
où la clarté se trouve enclose.
Il faut s'asseoir sur la margelle
du puits de l'ombre
pour y pêcher avec patience
la lumière qui s'y perdit
Pablo Neruda
La rose détachée
22 avril 2008
Ce que nous savons est si peu
et ce que nous présumons est si grand
et nous apprenons si lentement
qu'à peine les questions posées nous mourons.
Pablo Neruda
Vaguedivague
14 mars 2008
Le travail de l'écrivain ressemble fort à celui de ce pêcheur arctique. L'écrivain doit chercher le fleuve et, s'il le trouve gelé, il lui faut trouer la glace. Il doit s'armer de patience, supporter la température et la critique adverse, défier le ridicule, chercher le courant profond, lancer l'hameçon au bon endroit pour, après tant et tant d'efforts, sortir de l'eau un tout petit poisson. Mais il s'entête et relance sa ligne, contre le froid, contre la glace, contre l'eau, contre la critique, sa pêche grossira un peu plus chaque fois.
Pablo Neruda
J'avoue que j'ai vécu
22 janvier 2008
Pour monter au ciel

Photo: Reno
Pour monter au ciel on a besoin de
deux ailes,
d'un violon,
et de tant de choses non dénombrées, qui n'ont pas été nommées,
certificats d'oeil long et lent,
inscription sur les ongles de l'amandier,
titres de l'herbe dans le matin.
Pablo Neruda
Vaguedivague
24 décembre 2007
Carreaux cassés
Allons, poème d'amour, lève-toi d'entre ce verre brisé, car l'heure est venue de chanter.
Aide-moi, poème d'amour, à rétablir l'intégrité, à chanter sur la douleur.
Il est vrai que le monde ne s'est pas débarrassé des guerres, qu'il ne s'est pas purifié du sang, qu'il ne s'est pas corrigé de la haine.
Mais il est vrai aussi que nous approchons d'une évidence: les violents se reflètent dans le miroir du monde et leur visage est laid, même pour leurs propres yeux.
Et je continue à croire à la possibilité de l'amour. Je suis certain que les hommes finiront pas s'entendre, triomphant des douleurs du sang et du verre brisé.
Pablo Neruda
J'avoue que j'ai vécu
29 novembre 2007
Le regard

Photo: Ju'
Je veux que le regard occulte
toute douleur du coeur,
qu'il soit paisible et clair,
chargé de mystique émotion ...
Et les douleurs qu'il portent en lui
en son éternelle amertume
se changeront dans le regard
en mansétude et en douceur.
Et le regard des yeux qu'emplit
certain déclin crépusculaire,
au souvenir d'une souffrance
profonde mais déjà moins vive
Aura un éclat de vertu
faite de lumière et d'amour
et il perdra toute inquiétude.
Le regard alors sera une
fleur de douleur et d'émotion
que la douceur a sanctifiée.
Pablo Neruda
Cahiers de Temuco




