28 mars 2008

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Photo: Jef Van den Houte

Je regardai son petit visage pâle et vis ses yeux cernés par les ombres de la misère et de la pauvreté, sa bouche entrouverte, telle une blessure profonde dans une poitrine douloureuse, ses bras nus et maigres, sa petite taille frêle et courbée par le plateau de fleurs, telle une tige de rose jaune fanée entre les herbes éclatantes. J'observai toutes ces choses en un clin d'oeil, montrant mon apitoiement par des sourires plus amers que des larmes, ces sourires qui se fendent dans le tréfonds de nos coeurs et apparaissent sur nos lèvres, et qui, si nous les avions laissé faire, se seraient déversés de nos yeux. Puis, je lui achetai quelques fleurs pour lui acheter une conversation, car je sentais que derrière ses regards tristes se trouvait un petit coeur qui recelait un chapitre de la tragédie des pauvres; tragédie dont la représentation est permanente sur la scène des jours et que peu de gens s'intéressent à voir car elle est douloureuse. Quand je lui dis des mots gentils, il devint confiant et sociable et me regarda avec étonnement, car, à l'instar de ses congénères, les pauvres, il n'était habitué qu'aux paroles brutales de ceux qui regardent les garçons des ruelles comme des choses abjectes et inintéressantes et non comme de petites âmes blessées par les flèches du destin.

Khalil Gibran
Les nymphes des vallées

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